Depuis le 20 mars, nous proposons, en cette période de confinement, des billets, chroniques, idées sur la page Facebook de l’Institut Universitaire Rachi, publiées par des membres de l’institut. Capsules de réflexions, de voyage, de détente, de découverte. Elles seront publiées chaque semaine également sur cette page à laquelle vous pourrez ajouter vos propres commentaires et réflexions. Faisons acte de liberté, pensons !

Du 14 avril au 22 mai 2020

Entretien avec Karin Ueltschi : “Mythologie des boiteux et du pied fabuleux”

Les temps qui courent… (suite)

Avec “Les temps qui courent”, Gérard Rabinovitch, philosophe et sociologue, nous livre ses réflexions en temps de confinement à la manière d’un journal de bord et de pensées :

“Il vaut mieux, pour chercher à entendre ce que le réel a à nous délivrer dans la nuit de ces temps courants, nous équiper d’une lampe de poche, que camper sous les réverbères blafards de savoirs mainstream.”

Cette semaine, découvrez la suite de ce journal, du 30 mars au 12 avril 2020.

Bonne lecture !

Avec “Les temps qui courent”, Gérard Rabinovitch, philosophe et sociologue, nous livre ses réflexions en temps de confinement à la manière d’un journal de bord et de pensées :

“Il vaut mieux, pour chercher à entendre ce que le réel a à nous délivrer dans la nuit de ces temps courants, nous équiper d’une lampe de poche, que camper sous les réverbères blafards de savoirs mainstream.”

Cette semaine, découvrez la suite de ce journal, du 30 mars au 12 avril 2020.

Bonne lecture !

Avec “Les temps qui courent”, Gérard Rabinovitch, philosophe et sociologue, nous livre ses réflexions en temps de confinement à la manière d’un journal de bord et de pensées :

“Il vaut mieux, pour chercher à entendre ce que le réel a à nous délivrer dans la nuit de ces temps courants, nous équiper d’une lampe de poche, que camper sous les réverbères blafards de savoirs mainstream.”

Cette semaine, découvrez la suite de ce journal, du 30 mars au 12 avril 2020.

Bonne lecture !


Kafka : des nouvelles du confinement, par Thomas Schauder

« Mais le plus beau de mon terrier, c’est sa tranquillité. Bien sûr, elle est illusoire. Elle peut un jour se trouver brusquement troublée, et tout sera fini. Mais pour le moment, elle existe encore. Je peux flâner dans mes galeries des heures durant […]. Par moments, je m’étire de tout mon long et me vautre de bien-être dans la galerie. Il est bon, pour la vieillesse qui approche, d’avoir un tel terrier, d’avoir mis un toit au-dessus de sa tête quand vient l’automne. […] Pauvres vagabonds sans maison, sur les routes, dans les bois, réfugiés au mieux sous un tas de feuilles, ou bien parmi une meute de congénères, livrés à toute la pourriture du ciel et de la terre ! Je suis couché ici à un endroit protégé de tous côtés […] et, entre des rêveries et un sommeil sans conscience, je passe les heures que mon bon plaisir choisit à cette fin. »
Le terrier, 1923-24

On peut dire beaucoup de choses de Kafka, tant son œuvre est protéiforme, ouverte à toutes les exégèses. Elle fourmille de personnages indistincts, mi-hommes mi-animaux, objets animés, corps difformes ou torturés ; et aussi de mouvements inachevés, de quêtes sans but, de messages qui n’arrivent jamais à destination.

Rien de bien joyeux pour cette période de confinement ? Peut-être. Mais par contre, une véritable « écriture du confinement ». Est-ce à cause de sa tuberculose ? De son milieu professionnel et familial étriqué ? Toujours est-il que les récits de Kafka « respirent mal ». Peu de vastes étendus, de verdure ou d’éléments déchaînés. Mais des galeries, des mansardes, des chambres, des pénitenciers. Son Voyageur (1908) ne décrit qu’un tramway. Dans Un rêve (1917), « K. voulut aller se promener. Mais à peine eut-il fait deux pas qu’il était déjà au cimetière ». Et Joséphine la Chanteresse (1924) n’est finalement qu’une souris dans son trou.

Par certains aspects de son œuvre, Kafka est un auteur de huis-clos. Et pourtant il se passe beaucoup de choses dans les soutes et les terriers. On peut s’y transformer en cancrelat (La Métamorphose, 1912), on peut aller en Visite à la mine (1917) et un singe dans une caisse peut progressivement devenir un homme (Compte rendu pour une académie, 1917). C’est que Kafka les explore ses labyrinthes, il les décrit avec minutie et nous emmène avec lui dans les méandres de son imaginaire.

Il nous révèle que l’esprit est comme replié sur lui-même et que la littérature peut nous aider à le déplier. Et que ce mouvement peut se traduire dans notre espace. Aujourd’hui nous sommes confinés et notre lieu propre pourrait très bien se résumer à vingt, cinquante ou cent mètres carré. Mais chaque recoin peut très bien receler un fantôme de notre passé, une crainte que nous déniions, de la beauté insoupçonnable ou une histoire à inventer. Le monde n’est pas dehors, il est là où notre regard se pose, où notre réflexion s’entortille.

L’époque est à la pensée positive et croit « qu’enchanter » le monde ou le quotidien se résume à le voir tout en rose. Mais l’enchantement est d’abord sorcellerie, potion et sortilège. Par la littérature, les animaux sont doués de parole, les êtres humains sont métamorphosés en bêtes, nous devenons suffisamment petits pour rejoindre le peuple des souris.

Kafka est sans nul doute un grand sorcier pour transformer les terriers en haut-châteaux et l’angoisse en mysticisme. Ses nouvelles peuvent se picorer, se digérer lentement, et nous invitent à partir explorer le seul domaine impossible à confiner : l’âme humaine.


Les Corans anciens enluminés, par Raphaëlle Barbier

Après avoir évoqué l’enluminure dans les manuscrits juifs et chrétiens, je vous propose aujourd’hui une autre découverte : les manuscrits islamiques, et plus particulièrement les corans anciens enluminés.

Si l’image figurative est écartée du domaine religieux dans l’Islam, l’écriture, transcription du Verbe divin, est particulièrement importante et symbolique, et se place ainsi au cœur de l’art islamique. Un art non figuratif et propre à l’Islam, dans l’idée de magnifier le texte et basé sur la calligraphie, l’ornementation géométrique et l’arabesque, naît dès le VIIe siècle. Cet art, né pour et dans les corans, s’étend également dans tous les autres livres religieux (théologie, exégèse…) et même au domaine profane.

La calligraphie, considérée comme symbolique mais aussi décorative, devient un véritable art à part entière ; en magnifiant le texte, elle magnifie alors la Parole divine. C’est dans cette idée que de nombreux souverains et princes musulmans étaient eux-mêmes de grands artistes calligraphes.

Dans les corans, les décors ont aussi une fonction : ils soulignent et signalent les divisions du texte, les sourates et les versets ; ainsi, ils participent de l’amélioration de la compréhension du texte. Sous forme de composition géométrique, en partant d’une figure de base (étoile ou polygone en général), ils sont composés par des lignes jusqu’à former et développer de nouvelles formes et constructions géométriques. Des éléments végétaux d’origine byzantine et influencés par les arts asiatiques, en courbes, forment aussi une partie du décor : les arabesques. Les décors des corans sont ainsi formés par un délicat mélange de lignes et courbes se complétant les unes les autres.
Les ornements les plus petits signalent la fin des versets, des rosettes circulaires indiquent les séquences de cinq ou six versets. On retrouve également des « pages-tapis » (entièrement décorées, sans texte) qui marquent les juz’ (parties) ainsi que des titres ornés pour les sourates. L’or, le bleu, le vert, et le rouge, couleurs aux valeurs ésotériques, sont majoritairement utilisées dans ces décors.

Je vous laisse maintenant découvrir quelques exemples de corans anciens décorés :

1. Egypte, 15e siècle, conservé par la bibliothèque nationale de France où l’on peut apercevoir des rosettes circulaires, marquant l’emplacement des versets

2. Iran, 15e siècle, BNF : exemple de « Fâtiha », sourate ouvrant le Coran et occupant ainsi une place de choix dans les livres car elle est souvent celle qui est la plus richement décorée. Elle occupe aussi une place importante dans la vie des croyants car elle est l’élément principal de la prière.

3. Origine inconnue, 9e-10e siècle, BNF : un coran ancien illustrant ici la fin d’un groupe de versets par une rosace. On voit également que l’écriture elle-même est décorée d’or et de rouge

4. Espagne, 1304, BNF : « pages tapis » (entièrement décorées et sans calligraphie), dans la forme carrée typique des corans maghrébins

5. Egypte, 15e siècle, BNF : « page tapis », premier feuillet du volume, décor de type ancien formé d’entrelacs d’arcs de cercle.

6. Même manuscrit : dernier feuillet du volume, on peut y voir le titre de la dernière sourate en lettres d’or. Les motifs dans le fond du décor n’ont ici pas de fonction de repérage mais sont seulement ornementaux.

7. Turquie, 16e siècle, BNF : premier feuillet du volume comprenant de riches motifs floraux

Bonne découverte !


Le coup de coeur littéraire de Karin Ueltschi : “La civilisation du poisson rouge : petit traité sur le marché de l’attention”, de Bruno Patino.


La richesse des manuscrits en terre d’Islam, par Raphaëlle Barbier

Dans la suite du billet de la semaine dernière autour des corans anciens et enluminés, je vous propose aujourd’hui de continuer à découvrir la richesse des manuscrits en terre d’Islam, mais cette fois autour de l’enluminure figurative. Car si le Coran l’exclu, il existe pourtant bien des œuvres qui regorgent de représentations figurées : c’est notamment le cas des textes historiques, littéraires ou scientifiques.

Les représentations humaines, animales sont apparues à partir du 9e siècle dans les arts islamiques (céramique, art du métal, et bien sûr dans les manuscrits). Le rapport à l’image n’étant pas le même entre les différentes régions et cultures, on trouve ainsi peu de figuration dans le monde arabe en dehors des écrits scientifiques et de rares œuvres littéraires, mais beaucoup plus en Turquie, Perse et en Asie.

Je vous propose ici de s’attarder un peu sur trois types de manuscrits :

Les manuscrits scientifiques :

Les sciences en terre d’Islam ont connu un grand développement au Moyen Age qui s’est accompagné d’une large production d’ouvrage à caractère scientifique inspirés des manuscrits grecs. Ces ouvrages ont été souvent décorés pour compléter le texte, lui apporter des précisions ; qu’il s’agisse de botanique, d’astrologie, médecine ou encore d’hippiatrie, la science relative au cheval.

(Voir enluminures 1 à 4)

Les Séances :

Les « Maqâmât » ou Séances, genre littéraire arabe apparu au 10e siècle, dont la forme la plus célèbre fut écrite par Al Harîrî au 12e siècle, sont des textes littéraires très connus, qui furent largement illustrés et copiés. Les Maqâmât narrent en 50 séances les aventures d’Al Hârith, un narrateur naïf, et d’Abû Zayd, un vagabond malicieux, qui cherche à s’enrichir grâce à la ruse et à l’éloquence. Chargées d’humour et d’ironie, les Séances sont une source importante sur la vie et la société pendant la période abbasside, notamment grâce à leurs illustrations.

(Voir enuminures 5 à 8)

Les fables de Kalila et Dimna :

D’origine indienne, le livre de Kalila et Dimna ou Fables de Bidpaï, sont une compilation de fables animalières célèbres et ont été adaptées en arabe à partir du 8e siècle. Dans un but didactique, elles mettent en scène deux chacals au sein d’histoires à dimension morale. Utilisées dans l’éducation morale des princes, elles furent connues dans le monde occidental et influencèrent la littérature médiévale et moderne. Elles inspirèrent également La Fontaine pour ses fables.

(Voir enluminures 9 à 12)

Enluminures :

1. « Livre de la thériaque », ouvrage de pharmacologie, Syrie, 1199, conservé par la BNF : description de l’élaboration de la thériaque, un antidote contre les morsures de serpents
2. Traité d’hippiatrie, Inde, 18e siècle (BNF) : représentations de différentes races de chevaux et de leurs robes
3. « Le lever des astres chanceux et les sources de la souveraineté », Turquie, 16e siècle (BNF) : livre d’astrologie : ici représentation des signes du zodiaque : les poissons, avec figurations de Jupiter, Saturne et Mars
4. « Livre de la thériaque », Syrie : représentation d’un tableau de plantes médicinales
5. « Les Séances » d’Al Harîrî, peintes par Al Wâsitî, Irak, 1237 (BNF)
6. Séance 43 : représentation des héros Al Hârith et Abû Zayd discutant avec un homme dans un village. On peut noter la richesse de l’illustration qui comprend des animaux, des éléments d’architecture, et de nombreux personnages aux fonctions et tenues variées.
7. Séance 24 : représentation d’Abû Zayd usant de son éloquence avec un groupe de personnage dans un riche jardin en Andalus
8. « Séances », manuscrit syrien, 13e siècle (BNF) : représentation d’un navire à voiles navigant sur l’Euphrate
9. « Kalila wa Dimna », Syrie, 13e siècle (BNF) : représentation des deux chacals Kalîla et Dimna. Il s’agit d’un des plus anciens manuscrits conservés.
10. Kalîla et Dimna, Irak, 1392 (BNF) : les deux chacals conversant (droite), un renard interrompant le combat de deux bouquetins (gauche)
11. Kalîla et Dimna, Egypte ou Syrie, 14e siècle (BNF) : représentation de la fable « Les hiboux et les corbeaux » dont la dimension morale incite à la prudence face aux ennemis.
12. Kalîla et Dimna, Egypte ou Syrie, 14e siècle (BNF) : représentation de la fable « Le lièvre et le lion », une histoire dans laquelle le lièvre triomphe du lion par la ruse.


« Oblomov » (1859) d’Ivan Gontcharov, par Thomas Schauder

Ivan Gontcharov (1812-1891) n’est pas aussi connu en France que ses contemporains Tourgueniev, Dostoïevski ou Tolstoï, et pourtant il compte parmi les auteurs les plus importants de ce brillant XIXe siècle russe, notamment pour son chef d’oeuvre « Oblomov » (1859).

A la fois hilarant et tragique, « Oblomov » raconte l’histoire d’Ilia Ilitch Oblomov, aristocrate fortuné mais terriblement mou, d’une mollesse dans laquelle la mélancolie et la paresse sont indissociables. Victime de toute une série de pique-assiettes, il est poussé par son ami Stolz à se reprendre en main. Mais c’est surtout l’amour pour la belle Olga qui le ramènera à la vie… s’il en est encore capable.

Gontcharov se révèle très grand psychologue et portraitiste génial : dans le salon d’Oblomov défile une galerie de personnages truculents, sans oublier le valet Zakhar, digne de Sganarelle. Quant à son histoire d’amour, il est impossible de la lire sans vibrer (mais aussi sans pleurer).

La maladie de « l’oblomovisme » (à laquelle même Lénine et Lévinas ont consacré des réflexions) désigne un mélange de procrastination, d’apathie, de rêverie, d’allergie à l’effort et au travail. Mais il n’est pas évident de savoir le statut de ce mal. Pour Stolz (l’esprit industrieux), c’est une faute morale, un signe de décadence. Mais d’un autre côté, cette mollesse apporte son lot de confort, alors que l’agitation et la passion peuvent aussi nous faire tomber de haut. Chacun pourra donc voir dans Oblomov un dépressif ou un sage stoïcien, et peut-être le contraire à la relecture.

Pour terminer, j’avais envie de vous lire quelques pages d’un autre texte de Gontcharov : « La terrible maladie » (1838) qui décrit les symptômes d’un mal estival qui frappe la famille Zourov et que le brave Tiajelenko est bien décidé à combattre de toutes ses forces… Un texte d’une réjouissante actualité !


Lecture par Thomas Schauder : Les groseilles de novembre d’Andrus Kivirähk

Dans un petit village estonien, les habitants volent leur baron et se volent entre eux. Ils passent des pactes avec le diable pour donner vie à des créatures de bric et de broc. Une jeune fille se transforme en loup-garou tandis qu’un amoureux transi écoute les récits d’un bonhomme de neige. Dans le monde d’Andrus Kivirähk, il n’y a ni bons ni méchants : seulement des êtres mesquins, sournois et terriblement attachants.
“Les groseilles de novembre” est un roman dans la lignée de ceux de Rabelais et Boulgakov, qui mêle le fantastique et l’ironie. L’auteur joue avec le folklore de son pays et nous entraîne dans une aventure prenante. Publié aux éditions Le Tripode, une maison parisienne qui fait de l’excellent travail et qui a notamment publié en mars “Etoiles vagabondes”, un roman inédit de Sholem Aleykhem !

Thomas Schauder


L’art de la micrographie dans les manuscrits hébreux, par Raphaëlle Barbier

Aujourd’hui je vous propose un billet consacré à l’art de la micrographie dans les manuscrits hébreux.
La micrographie ou microcalligraphie, née au haut Moyen Age, est l’une des formes d’expression de l’art juif présente dans les manuscrits hébreux. L’écriture hébraïque ayant une esthétique indéniable, les copistes juifs ont très tôt eu l’idée d’utiliser les lettres dans une volonté décorative.

La micrographie est une écriture minuscule qui prend la forme de motifs géométriques, de formes végétales, zoomorphes, anthropomorphes, et qui peuvent parfois illustrer le texte biblique. Elle sert notamment à mettre dans les pages des bibles des annotations et gloses (c’est à dire la massore : le commentaire critique du texte sur la lecture, l’orthographe, la graphie). D’origine proche-orientale, elle s’est diffusée jusqu’à la péninsule ibérique puis dans le Saint Empire, le Nord de la France et au Yémen. Il s’agit donc d’une forme originale provenant des bibles hébraïques médiévales qui s’est ensuite épanouie tout particulièrement dans le Livre des Psaumes et dans les Proverbes.

Les copistes juifs ont suivi les tendances artistiques des époques et des territoires. Par exemple, en terre d’Islam et en Espagne, on retrouve la micrographie sous des formes géométriques, architecturales, végétales, alors que les motifs prennent des formes figuratives et symboliques dans les territoires germaniques et français. Sur ces mêmes terres (ashkénazes), ils ont même parfois pris la forme de créatures fabuleuses. Plus tard, à partir du 17e siècle, on retrouve la micrographie dans les contrats de mariage, sur des amulettes ou encore dans le livre d’Esther et autres textes écrits en hébreux.

Je vous propose maintenant s’attarder sur quelques exemples :

1 et 2) Tanakh : « Duke of Sussex Bible », 1350-1374 (British Library)
La micrographie est ici le seul élément décoratif du texte. Elle prend la forme de décors géométriques et abstraits. Cette bible hébraïque fut copiée en Catalogne au 14e siècle. Elle a appartenu par la suite à un talmudiste de Salonique, avant d’entrer dans la collection du Duc de Sussex au 18e siècle.

3, 4 et 5) The Yonah Pentateuch, 14e s, Germanie (British Library)
Originaire du monde ashkénaze, ce codex du 14e siècle contient la Torah, des éléments de littérature prophétique et les Cinq Rouleaux (Meguiloth). La micrographie contenue dans ce codex prend des formes figuratives, ce qui la rend particulièrement originale.

6, 7, et 8) The Sana’a Pentateuch, 1469 (British Library)

Ce codex célèbre pour la beauté de ses pages-tapis aux représentations stylisées de montagnes et poissons nageant dans la mer offre également un bel exemple de l’art de la micrographie. Le texte utilisé pour la micrographie provient du Livre des Psaumes, en écriture de style yéménite.

Bonne découverte !


Lecture de Journal d’Adam et journal d’Eve, de Marc Twain, par Michel Degardin


Manuscrits hébreux enluminés : les mazhorhim, par Raphaëlle Barbier

Je vous propose aujourd’hui de découvrir à nouveau quelques manuscrits hébreux enluminés : les mazhorhim.

Les mazhorim contiennent des prières et pièces liturgiques des fêtes de l’année, ils diffèrent du Siddur (prières journalières). L’usage du mazhor s’est d’abord répandu dans les communautés ashkénazes avant d’atteindre l’Italie. Ces livres, qui peuvent être de grand format dans la tradition ashkénaze, sont en général richement décorés. Les manuscrits allemands sont ainsi souvent illustrés autour de certaines thématiques : les signes du Zodiaque (en rapport avec Pessa’h), le sacrifice d’Isaac (pour le Nouvel An), les Portes de la Miséricorde (Jour de l’Expiation) ou encore Moïse recevant les Tables de la Loi (pour les fêtes des Semaines). En Italie, les livres, plus petits, comprennent moins d’illustrations – ou en tout cas moins grandioses. Elles prennent plutôt la forme d’ornements du texte ou de décorations de la Haggadah. On trouve également dans les mazhorim du bas Moyen Age diverses représentations décoratives d’hybrides zoo et anthropomorphes (ce qui s’explique par le fait que l’on évite les représentations directes et « naturelles » de l’Homme) et de nombreux décors floraux. Certains comprennent également des illustrations scientifiques. Le mazhor le plus ancien (conservé) est daté de 1100 : il s’agit du « Mahzor de Vitry », un manuscrit compilé par un élève de Rachi, Simha fils de Samuel de Vitry.

En voici maintenant quelques exemples (issus des collections de la British Library)
– Ms add 16577 : Mazhor, Italie du Nord, 15e siècle
1 : frontispice décoré d’une bordure florale comprenant des médaillons avec des représentations animales (oiseaux, lapin, singe)
2 : pleine page comprenant une inscription du premier propriétaire de l’ouvrage, Abraham ben Jacob, on peut y voir de nombreux animaux (oiseaux, écureuil, cerf…)
3 : lettrines décorées et représentation d’un dragon
4 : début d’un poème pour Pessa’h, avec une représentation de cerf

– Ms add 22 413 : Mazhor, Allemagne du Sud, v. 1322
5 : représentation de Moïse recevant les tables de la Loi. On peut y voir également Aaron et les Hébreux divisés en deux groupes : les hommes et les femmes
6 : signe du Zodiaque : le capricorne
7 : signe du Zodiaque : le lion

– Ms harley 5686 : Mazhor, Italie du Nord, 1466
8 : miniature représentant une congrégation priant à la synagogue
9 : représentation d’un homme en prière
10 : représentation de la table du Seder

Bonne découverte !


Du 3 au 13 avril 2020

L’art de l’Ex Libris, par Raphaëlle Barbier

Aujourd’hui je vous propose un autre sujet autour du patrimoine des bibliothèques : l’art de l’ex-libris, agrémenté par quelques exemples issus de la collection du Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme.

L’ex-libris fait partie des différentes marques de provenance que l’on retrouve dans un livre (tout comme les reliures armoriées ou les mentions de dons : les ex-dono) et qui permettent d’identifier son/ses propriétaire(s). Ces inscriptions, situées dans les pages de garde ou de titre, manuscrites ou imprimées, parfois multiples, ont un intérêt historique et bibliophilique puisqu’elles peuvent nous permettre de retracer l’histoire d’un livre et d’identifier des collections. Elles peuvent également prendre la forme d’étiquettes collées dans ces mêmes pages.

Allant des simples initiales manuscrites entrelacées à la gravure pleine-page (gravures sur bois, sur cuivre selon les époques) en passant par des armoiries peintes pour le Moyen Age, l’ex-libris peut être considéré comme un art graphique à part entière.

A partir du XIXe siècle, l’ex-libris est devenu de plus en plus figuratif et son art a été davantage utilisé dans les milieux bourgeois. L’iconographie choisie et employée par le propriétaire est alors devenue un moyen de s’auto-représenter ou bien de représenter une part de sa personnalité. Leur création fut, dans de nombreux cas, confiée directement à des artistes reconnus.

C’est également à cette période que l’ex-libris est devenu un véritable objet de collection : il n’était alors pas rare d’arracher les pages marquées ou les étiquettes elles-mêmes. Une pratique qui explique donc pourquoi on peut trouver aujourd’hui des collections entières d’ex-libris, sans livre, et inversement, des collections de livres aux pages de garde arrachées ou découpées, où l’ex-libris n’est plus présent.

Pour terminer sur ce sujet, je vous propose de découvrir une sélection d’ex-libris de la période 19e – 20e siècle, issus d’une collection numérisée et mise en ligne par le MAHJ :

1. Ex-libris d’Albert Einstein, début du 20e siècle, impression sur papier représentant un personnage entouré d’étoiles
2. Ex-libris d’Arieh-Léon et Myriam Kubovy, 1er quart du 19e siècle, impression sur papier représentant un village polonais au milieu duquel se situe une synagogue
3. Ex-libris de Devi Tuszynski, France 1954, gravure sur bois sur papier
4. Ex-libris d’Ephraïm Moshe Lilien, Israël 20e siècle, gravure sur bois
5. Ex-libris de Solomon Borisovich Yudovin, Russie années 1920, gravure sur bois représentant un village russe
6. Ex-libris d’Hans Guggenheim, 20e siècle, gravure sur bois représentant un serpent – emblème des médecins et pharmaciens – et une bibliothèque
7. Ex-libris de Léopold Lévy, Israël années 1910, gravure représentant un homme allumant un Ner Tamid (Lampe éternelle)
8. Ex-libris de Rose et Harry Viteles, France début du 19e siècle, gravure représentant une ménorah
9. Ex-libris de Richard Steiner, 20e siècle, gravure sur bois sur papier représentant un pionnier en Israël


Diminuer la souffrance animale, est-ce un commandement ? Par le Rabbin Rivon Krygier

Aujourd’hui, je partage la conférence du rabbin Rivon Krygier, qu’il avait donnée à l’institut Rachi il y a un an, dans le cadre du cycle de conférences “Des animaux et des hommes”, en partenariat avec la Médiathèque Jacques Chirac. Depuis une réflexion sur le Séder, Rivon Krygier pose des questions fondamentales : Si l’animal a une âme de quel droit en mangeons-nous ? Si nous n’en mangeons pas, pouvons-nous affirmer que nous survivrons ? Nous n’avons jamais consommé autant de viande que ces cinquante dernières années. Comment repenser nos modes d’alimentation depuis la prise au sérieux de la souffrance animale ?
Entre droit rabbinique, arguments éthiques et économiques sont abordées, sans langue de bois, les questions de l’abattage rituel, du végétarisme et de la conscience animale. Et le débat avec le public qui a suivi est riche d’enseignement sur le dialogue et le respect mutuel.

Bonne découverte et bonne semaine à tous 

Géraldine Roux


Liturgies juives d’Ethiopie, par Géraldine Roux

Aujourd’hui, j’aimerais vous faire découvrir des liturgies souvent méconnues : les liturgies juives d’Ethiopie.

“C’est au début des années 1980 que débute l’immigration clandestine des Juifs d’Ethiopie vers Israël. Ces derniers, improprement appelés Falasha (terme à connotation péjorative qui signifie “sans racines” ou “exilés”) fuient, comme nombre de leurs compatriotes, la guerre civile et la famine en se réfugiant au Soudan. En 1984, l’opération Moïse organisée par l’état israélien permet d’accueillir 7.000 Juifs éthiopiens en provenance des camps de transit soudanais ; peu de temps après, l’opération Saba (1985) en rapatrie 648 ; enfin en 1991, l’opération Salomon réussit la gageure d’acheminer par un pont aérien 14.300 personnes en l’espace de vingt-quatre heures.

Les derniers Beta Israel restés en Éthiopie émigrent en Israël entre 1991 et 1994. Mais à partir de 1992 commence une émigration irrégulière, soumise à l’évolution politique en Israël, celle des Falash Mura. Entre cette année-là et 2013, plus de 35.000 Falash Mura arrivent en Israël. Officiellement non juifs, une fois en Israël, ils doivent entreprendre une conversion complète au judaïsme orthodoxe avant de recevoir une pleine citoyenneté.

L’intégration dans l’État hébreu des Juifs éthiopiens ne s’est pas faite sans mal. Pauvres, souvent analphabètes et vivant d’artisanat, ces derniers ont dû affronter une société moderne et de haute technologie. De plus, sous la pression des autorités religieuses israéliennes, ils ont été contraints d’abandonner leurs pratiques rituelles ancestrales pour rentrer dans les rangs d’un judaïsme normalisé. Le Grand Rabbinat tenta même de leur imposer une conversion symbolique (immersion rituelle, et pour les hommes, une “recirconcision” par le versement d’une goutte de sang) qui fut boycottée par la plupart d’entre eux. Bien que reconnus aujourd’hui comme Juifs à part entière, la situation religieuse des Beta Israel demeure complexe. Leurs prêtres, appelés qessotch, se sont vu dénués toute autorité religieuse et spirituelle… avec pour conséquence la disparition progressive, mais inéluctable, de leur rite.

La communauté éthiopienne vivant en Israël comprenait en 2014 environ 138.200 personnes. Près de 30.000 enfants sont nés dans l’État hébreu et suivent le cursus éducatif israélien. Ils parlent hébreu et pratiquent de moins en moins la langue de leurs ancêtres. Le processus d’intégration israélien s’est mis en marche et les jours du rite éthiopien – et de sa musique – sont comptés.” Source : Une analyse historique, liturgique et musicologique de la musique des Beta Israel, inspirée des travaux de Simha Arom, Frank Alvarez-Pereyre, Shoshana Ben-Dor et Olivier Tourny : https://www.iemj.org/…/la-musique-des-juifs-d-ethiopie-les-…

Le chant que je vous propose d’écouter est un extrait de l’office du matin de Pessa’h, extrait de l’album “Liturgies juives d’Ethiopie”, édité par la Maison des Cultures du Monde en 1990 et dont les enristrements numériques ont été effectués à Jérusalem en 1986). Pour aller plus loin : https://www.maisondesculturesdumonde.org/…/booklet260013.pdf

Bonne découverte, portez-vous bien !

Géraldine Roux


Les sens de Pessa’h, par Raphaëlle Barbier

Pessa’h, la Pâque juive, commence aujourd’hui : du 15 au 21 nissan en Israël, jusqu’au 22 dans la diaspora, cette fête célèbre la fin de l’esclavage en Egypte et en même temps la fête du printemps – Hag Haaviv – et de la renaissance.
Pessa’h se construit autour de trois symboles : l’interdiction du levain, les herbes amères et le sacrifice pascal. Cette fête, peut être observée selon trois moments : la chasse au hametz, au levain, qui commence un mois plus tôt et dont la consommation est interdite pendant les 7 jours de la fête, « sous peine d’être retranché de la communauté » (Ex 12 :12), le repas pascal, le seder le premier soir, où des herbes amères et de la viande rôtie d’agneau sont absorbées, évoquant les douleurs de la vie en Egypte et l’agneau pascal c’est-à-dire le miracle des enfants d’Israël épargnés par la 10e plaie d’Egypte.

Je vous propose à cette occasion de découvrir quelques enluminures qui s’articulent autour des rites de Pessa’h, et issues de trois manuscrits des 14e et 16e siècles, provenant des collections de la Bibliothèque Nationale de France et de la British Library.

British Library : ms oriental 1404

Une première haggadah – texte utilisé et lu pendant la cérémonie du Seder, contenant notamment les rites à pratiquer pour l’occasion – « The Brother Haggadah », manuscrit espagnol daté du troisième quart du 14e siècle, contenant de nombreuses illustrations pleine-page, lettrines etc.
Son titre fait référence au fait que, dans son style et son iconographie, ce manuscrit ressemble de près à la « Rylands Haggadah », un autre manuscrit célèbre du 14e siècle conservé par la bibliothèque de l’Université de Manchester (restauré il y a quelques années, ce manuscrit avait fait l’objet d’une exposition à New York en 2012).
1. (F.18r) représentation des herbes amères, et d’un couple attablé pour le Seder avec un homme pointant sa femme du doigt. La British Library donne l’explication suivante : Ce motif fait référence à un jeu de mots qui signifie que pour le mari, sa femme est l’herbe amère.
2. (F. 8r) une représentation d’une famille à la table du Seder et d’un serviteur écorchant et rôtissant l’agneau pascal
3. (f. 7v) abattage et préparation de l’agneau pascal, personnage enduisant de sang l’encadrement d’une porte (Exode 12. 22)

BNF : ms hébreu 1388

« La Haggadah de Pâque » conservée à la BNF et datée de 1583 est un manuscrit écrit en hébreu et décoré de peintures d’origine italienne. Il comprend également des poèmes liturgiques.
Peu d’informations sont disponibles sur cette œuvre, mais il s’agit d’une des rares haggadot conservées et numérisées par la BNF, et l’une des plus anciennes dans un style très différent du manuscrit précédent.
4. (F. 4v) lettrine ornée et dorée au début du manuscrit, suivie d’une illustration de la table du Seder où l’on peut apercevoir le pain sans levain
5. (F. 15r) abattage et préparation de l’agneau pascal

British Library : ms add 14761

A nouveau un manuscrit espagnol (vers 1340) : la Haggadah de Barcelone, contenant des poèmes liturgiques et des lectures bibliques pour Pessa’h (rite sépharade). Ce codex contient aussi des folios manuscrits originaires du Sud de la France avec des poèmes liturgiques (rite provençal).
6. (f. 28v) : table du Seder avec lettrine ornée et dorée, et représentation d’un personnage posant une corbeille de pain sans levain sur la tête d’un participant
7. (f. 61r) : représentation du pain azyme

Bonne découverte !
Raphaëlle.


La libération des esclavages, par Thomas Schauder

« Pessah est un terme que les rabbins s’amusent à décomposer à la manière d’un mot-valise en deux parties Pé (la bouche) et Sah’ (dialogue). Elle est une fête de la parole et du récit, on y lit un live nommé Haggada (de la racine lehagid : dire). Ainsi, à la fête de la « bouche parlante », nous lisons le livre du dire. L’histoire de la sortie d’Égypte est contée, dans le récit de libération à la fois collective et personnelle d’un esclavage. Chaque génération est invitée à se percevoir comme étant elle-même sortie d’Égypte. […] Autour de la table, chacun est invité à se poser la question continuellement renouvelée : quelle est donc mon Égypte ? » (Delphine Horvilleur, Comment les Rabbins font les enfants, Grasset, 2015, p.97-98).

La fête de Pessah est la fête de la transmission par excellence dans le Judaïsme. Il s’agit de raconter chaque année la même histoire depuis des siècles : la sortie d’Égypte, car « plus on la raconte, plus on a de mérite » nous dit la Haggada. Mais est-ce toujours la même histoire ? Ce serait penser que les enfants d’Israël sont sortis d’Égypte une bonne fois pour toutes, et dans ce cas on serait en droit de se demander : pourquoi raconter cette histoire, en quoi elle nous concerne nous, hommes et femmes du XXIe siècle ?

Je préfère l’interprétation qui veut que cette histoire n’est pas l’histoire d’un peuple, le peuple Juif, par exclusion de tous les autres peuples, ou encore (mais cela revient au même) que chacun, quelle que soit son identité (le grand problème et le grand fantasme de notre temps) est à sa manière un enfant d’Israël. Et que l’Égypte n’est pas seulement un pays réel, abreuvé par le Nil et surmonté des célèbres pyramides, mais surtout « la maison de l’esclavage », de tous les esclavages.

Si ce n’est jamais le même peuple et jamais la même Égypte, alors ce n’est jamais la même histoire ! Et par conséquent, quand à la fin du Seder, du repas rituel, les convives chantent Léchana habaa birouchalayim (« L’année prochaine à Jérusalem »), ce n’est jamais la même Jérusalem !

De quelle Égypte devrait-on sortir, nous qui sommes confinés ? Vers quelle Jérusalem aller, nous qui ne pouvons même pas aller à plus d’un kilomètre de chez nous ? Chacun sa réponse (n’hésitez pas à la partager dans les commentaires !), et voici la mienne.

Pour moi notre Égypte, c’est ce que nous croyons être notre Jérusalem : cette idée qu’il nous faut sortir, coûte que coûte, reprendre une activité normale, ou – pire encore – mettre les bouchées doubles pour rattraper notre retard. Accepter (comme dans certains pays d’Asie) que nos téléphones soient tracés pour nous prévenir qu’on s’approche d’une personne potentiellement contaminée. Accepter d’abandonner tout principe de précaution, se fier à n’importe quel remède, sans prendre le temps de le tester convenablement. Accepter de faire n’importe quoi, dans n’importe quelle condition, tant que cela rapporte de l’argent. Accepter que nos droits les plus fondamentaux soient bafoués au nom de l’hygiène. Accepter que des « experts » prennent les décisions en lieu et place du peuple souverain.

Mais aussi refuser d’aller aider ceux qui souffrent ou qui sont seuls parce qu’on a peur d’être contaminé. Refuser de tendre la main par peur d’être sali. Refuser d’accueillir ceux qui n’ont pas notre chance.

Notre Égypte, c’est la peur de l’autre. Et nous sommes les esclaves de cette peur.

J’ai entendu le récit d’une infirmière que ses voisins veulent chasser de l’immeuble parce qu’ils ont peur qu’elle y ramène le virus ; d’un homme dont la femme a été emportée et que ses enfants ne veulent pas voir parce qu’ils ont peur qu’il les contamine ; les pays rivalisent entre eux pour acheter des stocks de masque… La peur nous fait oublier les bases de notre humanité : la solidarité, l’empathie, l’intelligence collective.

Espérons que cette année encore nous sortirons d’Égypte et que nous n’aurons pas besoin d’errer quarante ans dans le désert pour atteindre notre Jérusalem !

Thomas Schauder


La renaissance perpétuelle, par Raphaëlle Barbier

La Pâque juive symbolise la renaissance perpétuelle, dans le cycle des saisons, et la naissance du peuple d’Israël en tant que peuple, avec le passage de la Mer rouge et la sortie d’Egypte (décrit dans le livre de l’Exode) ; événement fondateur de la nation d’Israël.
Les 7 jours de Pessa’h répètent symboliquement une triple séquence historique : esclavage, délivrance, rédemption, dont la révélation sera accomplie 7 semaines plus tard, lors de la fête de Shavouot. La fête de Pessa’h n’est pas une projection du passé sur le présent mais le renouvellement de l’alliance à travers la Pâque, ce passage de la multitude à la nation, qui est, du même geste la première fête du judaïsme.

En prolongement du précédent billet autour et des haggadot, je vous propose de découvrir aujourd’hui un autre manuscrit de la British Library particulièrement riche en décorations et enluminures, cette fois autour des scènes bibliques liées à cette fête.

« La Haggadah dorée » (brit. Lit. ms add 27210) est un manuscrit d’origine catalane (vers 1320) qui tire son nom des 56 enluminures sur fond d’or présentent au début du codex qui représentent des scènes principalement tirées du livre de l’Exode, mais également de la Genèse.

Le manuscrit ne mentionne aucune information sur son lieu de fabrication, sur ses commanditaires ou sur son scribe, mais quelques éléments permettent de l’identifier : le style des enluminures permet d’affirmer qu’il provient d’un atelier de ou proche de Barcelone et le style de l’écriture (séfarade espagnole) prouve qu’il s’agit bien d’un document du 14e siècle. Des mentions inscrites plus tardivement dans l’ouvrage nous apprennent aussi qu’il a appartenu, du 16e au 19e siècle à de grandes familles italiennes, avant d’être acquis par le British Museum en 1865.

Chaque page présente généralement quatre miniatures qui doivent être lues de droite à gauche en commençant par le haut. En voici quelques exemples :

1. Folio 5r, Scènes de la Genèse : Jacob aux prises avec un ange ; le rêve de Jacob ; Joseph racontant son rêve à son père et ses frères ; Joseph rencontrant un ange
2. Folio 6v, Scènes de la vie de Joseph (d’après la Genèse) : le conseil des frères de Joseph & Joseph sorti du puits, son manteau étant enduit de sang de chèvre ; les frères de Joseph le vendant aux Ismaélites ; les frères de Joseph présentant le manteau sanglant à Jacob ; Joseph interprétant les rêves
3. Folio 8v : Scènes de la Vie de Jacob (Genèse) : Jacob rencontre Pharaon ; Jacob bénissant les fils de Joseph ;deuil de Jacob ; Pharaon ordonne de jeter les enfants mâles dans le Nil
4. Folio 9r : scènes de la vie de Moïse (Exode) : la fille de Pharaon trouvant Moïse ; puis lui présentant ; l’égyptien battant un hébreu & Moïse tuant l’égyptien ; Moïse sauvant les filles de Madian
5. Folio 10v : scènes de la vie de Moïse : Moïse devant le Buisson Ardent ; Moïse rencontrant Aaron ; miracles de Moïse et Aaron ; Moïse et Aaron devant pharaon et ses conseillers
6. Folio 14 : scènes de l’Exode : la dixième plaie et la mort des premiers-nés ; les Hébreux sortant d’Egypte ; les Egyptiens les poursuivant ; la traversée de la Mer Rouge

Bonne découverte


Entretien entre Gérard Rabinovitch et Richard Darmon

Alors qu’un décret a été promulgué dans l’urgence le 29 mars dernier en France autorisant le recours à des “soins palliatifs” administrables à certains “malades terminaux” du Corona afin – théoriquement – de rendre moins douloureuse leur agonie, Richard Darmon reçoit Gérard Rabinovitch, philosophe, sociologue, auteur de nombreux ouvrages et actuellement directeur de l’Institut européen d’Etudes Emmanuel Levinas de l’Alliance israélite universelle (AIU) à Paris, vice-président de l’Institut Rachi, pour décrypter les mentalités et les positionnements parfois très différents qui orientent les décideurs politiques et médicaux dans l’Hexagone et dans l’Etat juif.


Du 20 mars au 2 avril 2020

Réflexions sur “Qu’est-ce que les Lumières”, d’Emmanuel Kant. Par Thomas Schauder

Bonjour à toutes et à tous,

J’ai donné la semaine dernière à mes élèves de Terminale un texte très célèbre d’Emmanuel Kant à commenter, issu de “Qu’est-ce que les Lumières?” et dont voici un extrait :

“Après avoir rendu bien sot leur bétail, et avoir soigneusement pris garde que ces paisibles créatures n’aient pas la permission d’oser faire le moindre pas hors du parc où ils les ont enfermées, ils leur montrent le danger qui les menace, si elles essaient de s’aventurer seules au dehors.”

Dans ce texte, le “ils” désigne les tuteurs, ceux qui profitent de la paresse et de lâcheté des hommes pour les maintenir sous leur domination. Bien sûr, on ne peut s’empêcher de faire un lien avec la situation de confinement actuelle (je vous promets que ce n’est pas fait exprès) : « Restez chez vous », « Ne sortez pas » ! Les tuteurs seraient-ils les hommes et les femmes qui nous gouvernent et qui nous manipuleraient pour nous garder sous contrôle ?


Je vous propose une autre interprétation : quels sont nos vrais tuteurs, qui nous maintiennent dans un état de minorité, qui pensent à notre place, décident à notre place, organisent notre vie à notre place ? Les mêmes que ceux qui ont été débordés par la crise du coronavirus. Non pas nos dirigeants politiques, mais nos organes technologiques.

Cette crise, c’est d’abord la crise de la technique : à l’heure où nous parlions de terraformer la planète Mars, de laisser les voitures se conduire toutes seules ou de transférer le cerveau humain dans un disque dur, un petit virus, comme dans “La Guerre des Mondes” de H.G Wells, est venu stopper net ces rêves de grandeur. Et d’un coup, on se rappelle qu’on a besoin des autres, en chair et en os, pour vivre ; que les objets ne se produisent pas tout seuls, que les usines et les champs ont besoin de travailleurs ; que les techniques médicales ne valent rien sans des hommes et des femmes pour les mettre en œuvre. Ce qui est en crise, c’est ce que Günther Anders a appelé « la honte prométhéenne » de l’homme face aux techniques qu’il invente et qui le dépassent. Quel sens peut avoir une “smart city” déserte ? À quoi bon les GPS quand tout est à l’arrêt ? Qu’on se le dise : l’être humain n’est pas obsolète !

Et si le Covid-19 était en train de nous faire sortir de l’ère cartésienne (l’homme maître et possesseur de la nature) et entrer dans une ère pascalienne (« La grandeur de l’homme est grande en ce qu’il se connaît misérable ») ? Cela supposerait que nous cessions de nous divertir, de nous plonger dans l’activité frénétique de production et de consommation et que nous (ré)apprenions à contempler, à rêvasser, à méditer, à nous ennuyer. Bien sûr, c’est difficile quand il faut mener de front le télétravail, s’occuper des enfants et conserver la maison propre, le tout sans s’écharper ! Mais est-ce que ça ne permettrait pas de donner un peu de sens à ce que nous sommes en train de vivre ?

N’hésitez pas à en discuter dans les commentaires.
Nos corps sont confinés, mais nos esprits battent la campagne !


“La panthère des neiges” de Sylvain Tesson. Par Thomas Schauder

Une lecture de confinement : Sylvain Tesson, « La panthère des neiges », Gallimard, 2019

A l’invitation du photographe animalier Vincent Munier, Sylvain Tesson l’accompagné en expédition au Tibet à la recherche de la désormais rarissime panthère des neiges. Avec sa plume habituelle, mélange de grand style à la française et d’aphorismes percutants, Tesson raconte l’immobilité dans le froid, à l’affût, attendant l’apparition de cet animal qu’il assimile tantôt à l’esprit de sa mère défunte, tantôt au souvenir d’un amour de jeunesse et tantôt à une divinité.

La panthère est aussi pour lui l’occasion de se pencher sur la Chine d’aujourd’hui, pays où se mêle le communisme autoritaire, le capitalisme sans limites, la hiérarchie confucianiste et le calme bouddhique. Mais plus fortement encore, elle est le symbole d’un monde qui disparaît dans l’agitation permanente, la fièvre technologique et l’incapacité à jouir de la beauté :

« Les trois instances – foi révolutionnaire, espérance messianique, arraisonnement technologique – cachaient derrière le discours du salut une indifférence profonde au présent. Pire ! Elles nous épargnaient de nous conduire noblement, ici et maintenant, nous économisaient de ménager ce qui tenait encore debout. Pendant ce temps, fonte des glaces, plastification, mort des bêtes » (p.145)

Tesson sait parler de la nature et ses descriptions de la panthère des neiges sont très touchantes. On préférerait qu’il en parle davantage et un peu moins de lui… Mais je vous recommande ce livre qui peut se révéler utile dans une période où il nous faut réapprendre un certain art de la patience !


Quelques réflexions du jardin sur “L’exil de la parole” d’André Neher. Par Géraldine Roux

En lisant le post de Thomas Schauder hier, sur la “Panthère des neiges” de Sylvain Tesson et ses interrogations sur le silence – peut-on parler du silence sans le noyer de paroles ?” – cela m’a donné envie de relire “L’exil de la parole. Du silence biblique au silence d’Auschwitz” d’André Neher. Il fait grand soleil aujourd’hui… Mais que se passe-t-il quand une personne apostrophe le soleil et lui demande de se taire ? Qu’est-ce que cela signifie ?
Quelques réflexions tout à trac dans cette petite vidéo et si vous souhaitez commenter, préciser, interroger, vous êtes les bienvenus !


A la découverte de “cuisine et musique juives” avec l’Institut Européen des Musiques juives. Par Géraldine Roux

Aujourd’hui, j’aimerais partager une pépite, peut-être méconnue du grand public, qui propose un fonds sonore extraordinaire : l’Institut Européen des Musiques Juives, dirigé par Hervé Roten.
Vous pouvez visionner des heures de conférences, des sons étonnants, des musiques oubliées. C’est un voyage à travers le temps et l’espace, en découvrant des interprètes de talent !

Pour commencer, je vous propose un voyage culinaire, “cuisine et musique juives” où, avec beaucoup d’humour, Hervé Roten nous livre les secrets de la gastronomie juive à travers les chansons yiddish, judéo-espagnoles, orientales et israéliennes.

Bon appétit et bonne découverte !


Création d’une cellule d’écoute par Actualités de la psychanalyse à Troyes

L’association Actualités de la Psychanalyse à Troyes propose une cellule de soutien psychologique pour des personnes en demande d’écoute. Voici le numéro d’appel et les horaires : 03.10. 72.10.50 / du lundi au samedi de 9h30 à 12h30 et de 14h à 20.

Le communiqué d’APAT :

Madame, Monsieur,

Dans le contexte du Covid 19, l’association Actualité de la Psychanalyse à Troyes vous informe de l’ouverture d’une cellule de soutien psychologique dès lundi matin,30 mars.

La création de cette cellule est le résultat d’un partenariat entre les professionnels de l’association qui se proposent comme écoutants bénévoles (psychanalystes, psychologues clinicien(en)s, pédopsychiatres et psychiatres), et la Mairie qui met à notre disposition ses moyens techniques.

Il s’agira de prendre en compte la demande de parole ayant toujours valeur d’appel, d’y répondre par une écoute attentive, par des conseils simples parfois. Comment faire avec telle contrainte, tel manque, telle angoisse, telle détresse… . Certains ont juste besoin d’un peu d’aide, d’autres éprouvent une réelle souffrance.

Cet espace de parole s’adressera aussi bien aux adultes qu’aux adolescents, ainsi qu’aux enfants que l’on pourra accompagner pour appeler l’écoutant.

Il peut s’agir de difficultés rencontrées dans la vie personnelle, parentale, conjugale, familiale, professionnelle (les soignants du médical et paramédical mais aussi tout professionnel en questionnement).

Les appels seront reçus du lundi au samedi de 9h30 à 12h30 et de 14h à20h.

Le numéro d’appel : 03 10 72 10 50

Merci de partager cette information autour de vous, auprès de ceux qui vous semblent en demande de parole dans cette situation aux effets collectifs et aux résonances intimes.

Merci de votre attention.

Le bureau,

Troyes, le 27 mars 2020


Culture, agriculture et permaculture, par Thomas Schauder

Alors que nous attaquons la troisième semaine de confinement, j’avais envie de vous parler aujourd’hui de culture. Quoi de plus normal pour la page de l’Institut Rachi me direz-vous ? Sauf qu’il va être question de culture… au potager !

Partons d’un thème dont notre cher Gérard Rabinovitch nous a souvent parlé : la destructivité humaine. Nous savons bien que l’homme est un loup pour l’homme, mais cette destructivité n’a pas seulement cours avec mon semblable. On le sait aujourd’hui : c’est aussi notre rapport à la nature qui est destructeur, dans nos manières de produire, de consommer et de rejeter. Mais ce n’est pas seulement l’industrie qui est en jeu ici : c’est plus généralement notre regard sur ce qu’il y a tout autour de nous, hommes, animaux, végétaux et même l’inanimé.

Je fais l’hypothèse que notre destructivité provient entre autre du fait de ne voir dans le monde extérieur qu’une matière brute qu’il va falloir travailler, c’est-à-dire torturer (selon l’étymologie latine) pour lui donner la forme que nous voulons. Or, si Kant nous a rendu attentif à voir dans la personne « toujours aussi une fin et jamais seulement un moyen », il n’en va pas de même pour ce qui vit, et pour ce qui m’intéresse aujourd’hui, pour ce qui pousse.

Si nous en croyons la plupart des écrits en agronomie, si l’être humain ne travaille pas la terre, elle devient infertile. C’est oublier les grandes forêts équatoriales, la taïga sibérienne ou le bush australien : les plantes ne demandent qu’à pousser, c’est le principe fondamental. Comme nous le rappellent les agrologues pionniers Claude et Lydia Bourguignon dans « Le sol, la terre et les champs » (Sang de la terre, 2015), le sol est un écosystème vivant, complexe et fragile. À trop vouloir le travailler, l’amender, l’engraisser, le labourer et l’irriguer, nous l’avons énormément appauvri en quelques dizaines d’années. Nous croyons aujourd’hui que pour cultiver, il faut détruire la nature au lieu de collaborer avec elle.

Cette idée de laisser-faire et de tirer parti du travail de l’écosystème du potager est au cœur du livre de Didier Helmstetter « Le potager du paresseux » (Tania, 2018). Le sous-titre annonce la couleur : « Travailler moins pour ramasser plus ». L’auteur, ingénieur agronome à la retraite, s’est vu dans l’impossibilité de travailler son potager à la suite d’une maladie cardiaque. Il a donc développé, avec succès apparemment, des méthodes pour produire autant qu’avant sans intrants, sans pesticides et sans travail du sol.

La destructivité en agriculture ou en maraîchage n’est pas une fatalité. Il est possible de s’inspirer de méthodes anciennes, mais aussi des recherches récentes sur les champignons mycorhyziens. Les divers dosages de ce mélange forment depuis peu une galaxie intellectuelle : la permaculture. Bien sûr, elle contient son lot de charlatans, de gentils fous et même d’intégristes ! Mais elle offre aussi des pistes de réflexion passionnantes, et je vous recommande, pour conclure, la lecture de l’une des principales sources de la permaculture : « La révolution d’un seul brin de paille » de Masanobu Fukuoka (Guy Trédaniel, 2005), mêlant traité d’agriculture et de spiritualité.


Les trésors de la British Library : manuscrits hébreux en ligne. Par Raphaëlle Barbier

En 2013, la British Library a entamé un travail de numérisation colossal de sa collection de manuscrits hébreux (3000 pièces au total) afin de les rendre accessibles aux chercheurs du monde entier ainsi qu’à un public plus large.
Depuis 2017, une grande partie de cette collection est accessible sur le catalogue en ligne ; nous vous proposons aujourd’hui un aperçu et une présentation de l’un de ces trésors acquis par la British Library au 19e siècle.

Le « North French Hebrew Miscellany » ou « Florilège hébraïque du Nord de la France » (Brit. Lib. add ms 11639) regroupe plus de 82 textes bibliques et divers (le Pentateuque, Haftarot, Tiqqun soferim, Meguiloth, livre de prières avec Haggadah, textes juridiques, poésie, calendriers…) écrits en hébreu.

Ce codex français du 13e siècle, composé par le scribe Benjamin et décoré par divers ateliers de Saint Omer et de Paris, fait l’objet de débats chez les spécialistes en particulier autour de l’identité de son commanditaire mais surtout autour de sa date de composition.
En réalité, les dates données pour ce manuscrit se basent sur deux éléments particuliers : la présence du « Sefer Mitzvot » d’Isaac de Corbeil (composé en 1277) ce qui nous donne un terminus post quem (date plancher) et la mention de Yehiel de Paris mort en 1286, donnant un terminus ante quem (date plafond).

Le « Florilège », qui comprend 36 miniatures pleine-page, des lettrines ornées et des micrographies (formes géométriques), fut acquis au 19e siècle à Paris par le British Museum grâce au libraire Payne & Foss, puis transféré à la British Library dans les années 1970. Le « voyage » de ce manuscrit avait toutefois débuté bien avant cela : il a pu être localisé dans plusieurs pays européens au fil des siècles, chez différents propriétaires. Probablement à cause de l’expulsion de 1306, il quitte la France puis est localisé en Allemagne en 1431 avant d’être signalé en Italie où il restera jusqu’en 1826 avant son retour en France.

Magnifiquement conservé, il s’agit de l’un des manuscrits juifs d’Europe du Nord les plus richement illustrés.

Pour terminer, voici une sélection de quelques-unes de ses somptueuses enluminures :


Les temps qui courent. Chroniques de confinement par Gérard Rabinovitch

“Nous vivons avec quelques arpents du passé,
les gais mensonges du présent,
et la cascade furieuse de l’avenir”
(René Char)

La chronique de Gérard Rabinovitch
Le philosophe et sociologue observe et analyse la vague pandémique au jour le jour. Il commence cette semaine avec des réactions à chaud et à froid, jamais tièdes, sur la quinzaine écoulée. Où l’on croisera Winston Churchill, Romain Gary, Joseph Brodsky, Paul Virilio et bien d’autres.

A vos réflexions !


Lecture de “L’homme qui plantait des arbres” de Jean Giono, par Michel Degardin

Tous les mois, Michel Degardin propose une lecture d’un texte à la bibliothèque de l’Institut Rachi. Période de confinement oblige, nous ne pouvons ouvrir le lieu mais la lecture continue en ligne. Aujourd’hui, Michel propose la lecture de “L’homme qui plantait des arbres” de Jean Giono.

Une tasse de thé, dans un fauteuil confortable… Bonne écoute !