Du Golem à l’IA. Vies artificielles

Le 8 avril 2027

Créature d’argile animée par le pouvoir des lettres hébraïques, objet d’innombrables légendes et textes religieux, le Golem constitue l’un des mythes les plus célèbres de la culture et du folklore juifs. A ce titre, il n’a cessé d’inspirer créateurs et artistes des disciplines les plus variées, et ce dans le monde entier. S’il relève, à l’instar de nombreux autres récits légendaires, d’une fascination quant à la possibilité de créer une vie artificielle, le Golem se distingue par les nombreux échos et résonances qu’il offre avec les technologies les plus contemporaines, dans la mesure où bien des légendes qui le mettent en scène déploient une méditation éthique quant à la relation que nous entretenons avec les instruments et techniques dont nous nous dotons.

En outre, par bien des aspects, le Golem peut être compris comme un ancêtre mythique du robot comme de l’ordinateur — une parenté développée, entre autres, par Gershom Scholem. Et désormais, à l’heure où les technologies d’IA se développent de façon exponentielle et fulgurante, le Golem connaît en l’intelligence artificielle une nouvelle descendante. A cet égard, les réflexions et avertissements qui jalonnent les récits qu’il peuple n’ont rien perdu de leur troublante actualité.

Ada Ackerman est chargée de recherches au CNRS (THALIM). Historienne de l’art, elle s’intéresse aux croisements entre les arts, aux circulations culturelles entre Europe, Etats-Unis et ex-URSS ainsi qu’aux entrelacements entre humains et non-humains. Elle a assuré le commissariat de plusieurs expositions : Golem ! Avatars d’une légende d’argile (MAHJ, Paris, 2017) ; L’Œil extatique. Eisenstein, cinéaste à la croisée des arts (Centre Pompidou-Metz, 2019) ; Mirabil-IA. Quand l’IA métamorphose la création (Centre des Arts, Enghien-les-Bains, 2024) ; Le Monde selon l’IA (Jeu de Paume, Paris, 2025).